A Bénouville, Ledoux n'a pas les mêmes contraintes, notamment foncières,
que dans ses chantiers parisiens. Il développe ici le parti qu'il a pris pour
l'Hôtel d'Uzès qu'il est en train d'élever à la même époque à Paris en amplifiant
les contrastes. D'une part entre l'horizontalité des façades au caractère
géométrique affirmé et la verticalité des colonnes du portique colossal au
centre, d'autre part entre le traitement des murs parfaitement lisses et les
colonnes cannelées aux chapiteaux ioniques décorés de fins feuillages du portique.
Le même effet est recherché sur la façade nord entre les murs et les pilastres
de la façade arrière s'élevant sur trois étages et surmontés de trophées.
L'ensemble dégage une impression de puissance que d'aucuns peuvent trouver
un peu écrasante. Pourtant, à y regarder de près, tout ici est plein de subtilité
: la savante articulation des volumes, le raffinement du décor, le jeu de
la lumière sur les décrochements de façades et les éléments décoratifs, le
rapport très affirmé des horizontales et des verticales, la priorité donnée
à l'expression des volumes géométriques simples, la disparition derrière un
étage en attique de la toiture qui devient invisible et ne vient pas contrarier
l'orthogonalité de la composition ...Tout, ici, exprime une rupture en train
de se consommer avec la tradition classique de l'architecture prônée notamment
par Blondel et affirme une esthétique nouvelle.